DANIELLE NICOLE: CRY No More (2018)

Kansas City, au milieu des USA, semble être une usine à produire des chanteuses de blues. Certes il faut bien s’occuper quand on se trouve au milieu de nulle part, et chanter, jouer de la guitare permet aussi de faire des rencontres et de voir du pays. Samantha FISH et Danielle NICOLE y sont nées, et si la première, est relativement connue maintenant en Europe, la seconde doit encore y faire sa place.

C’est avec Trampled Underfoot, groupe formé avec ses frères Kris (guitare, chant) et Nick Schenebelen (batterie) que Danielle qui se nomme encore Scheneblen remporte une distinction aux Blues Music Awards 2014 avec leur excellent album Badlands. Ensuite, elle se lance dans une carrière solo avec son groupe, et rejoint pour plusieurs tournées North Mississippi All Stars. Au fait j’ai oublié de vous dire qu’elle est également bassiste, ce qui explique sa venue chez NMAS qui a des difficultés à remplacer Chris Chew. Aussi, après Wolf Den le premier album solo sorti en 2015, voici le second Cry No More. On peut regretter que la photo de pochette présente la chanteuse de façon aguichante, il semble que le syndrome Ruff Records, qui signe des filles blondes et jolies, frappe également chez la concurrence, d’autant que les qualités vocales de Danielle suffisent amplement à démontrer son talent. Autre regret, la quasi absence de Brandon Miller son guitariste de scène qui ne joue que sur le morceau "Baby Eyes" alors que c’est un superbe guitariste co-responsable du son du groupe. C’est Johnny Lee Schell, un guitariste de studio qui joue sur les autres titres, et son style propre mais assez répétitif est moins original que celui de Brandon. Mais ces deux remarques légèrement négatives ne doivent pas altérer l’écoute de l’album, qui est très réussi. Danielle NICOLE a une superbe voix qui peut rappeler dans certaines intonations Beth HART, quand celle-ci chante du blues et pas des niaiseries, ou encore Bessie SMITH. De bons morceaux bien composés avec des interventions d’invités prestigieux qui toutefois s’effacent délicatement devant le projet, Sonny LANDRETH bien sûr dans le superbe "I'm Going Home" tout en finesse et en retenue, Kenny Wayne SHEPERD qui sonne superbement dans "Save Me", Walter TROUT, le toujours tonique Monster Mike Welsh sur deux morceaux et, pour terminer l’album, Luther Dickinson, pour le superbe "Lord I Just Can’t Keep From Crying" de Blind Willie JOHNSON. Les invités sont des cerises sur le gâteau, l’important est la voix de Danielle NICOLE qui transporte une réelle et authentique émotion blues. Si vous en avez ras-le-bol que Beth Hart chante de la variété, si vous trouvez que Samantha FISH est trop blonde (si, si je connais de ces gens hélas), bref si vous avez envie de retrouver une authenticité dans une voix essayez donc Danielle Nicole. Ecoutez "Baby Eyes" et son ambiance juke-joint, avec le piano un peu bastringue, et l’accompagnement subtil de Brandon Miller, on part direct dans un club enfumé, l’ombre de Bessie SMITH plane sur ce morceau.

Michel Bertelle